Artistes, entrepreneurs : même combat ?

Artistes, entrepreneurs : même combat ?

Chaque milieu possède ses codes et c’est à celui de l’art auquel nous allons nous intéresser aujourd’hui. Lorraine Strauss, la fondatrice de WeArts nous rapporte ici son expérience entrepreneurial dans le milieu artistique.

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Entraide entre artistes

J’ai été récemment marquée par la remarque d’un régisseur* que je remerciais : “c’est normal de s’entraider entre artistes” – sans savoir s’il nous qualifiait d’artistes car notre startup WeArts valorise le travail des artistes ou parce que nous étions entrepreneurs.

Je crois qu’il existe un lien très fort entre artistes et entrepreneurs. L’artiste est un entrepreneur, contraint sans mécène de développer des stratégies pour vivre de son artil doit alors sortir du processus de création pure et faire de la prospection, trouver un marché.

A contrario si son talent a été repéré il sera soutenu par un agent qui cherchera à accroître sa notoriété par son réseau, ainsi que via un investissement temporel et pécunier. Agents et investisseurs sont des figures tutélaires garantes de votre progression.

Des personnalités créatives

Mais l’élément central, commun à ces deux identités est la création : artistes et entrepreneurs produisent de la valeur par leurs ouvrages ou services. Il leur est inconcevable de renoncer à créer. Dans une recherche constante d’amélioration, leur curiosité les pousse à amasser rapidement des connaissances dans de multiples domaines.

Tous sont confrontés à l’angoisse de la page blanche : du vide face à soi, l’inconnu dans lequel il est pourtant nécessaire de plonger. Les premiers mots sont les plus durs à coucher sur le papier. Les premières notes les plus ardues à percevoir et jouer, les premiers clients les plus difficiles à persuader. Chaque nouvelle partition, chaque histoire demande une énergie phénoménale à ses débuts. Mais une fois cette barrière franchie, les mots, les pensées, les notes affluent. La traction crée un dynamisme, une spirale positive magnifique et entraînante.

L’important est de se lancer, d’esquisser, de faire. Il n’est pas possible d’analyser chaque mot, chaque mouvement, chaque note d’une composition sans la voir dans son ensemble. La créativité est un processus qui se travaille par des itérations permanentes.

Le plus grand écueil serait de vouloir réaliser dès le début une œuvre somptueuse et dépourvue de défauts. De se perdre dans les détails et ne plus percevoir l’ouvrage dans son ensemble. L’illustration la plus probante pourrait être celle du Chef-d’oeuvre inconnu d’Honoré de Balzac. Celui-ci narre l’histoire du peintre Frenhofer, obsédé par son désir de représenter la perfection féminine et poussé au désespoir par la déception qu’il lit sur les visages en dévoilant enfin son chef d’oeuvre, fruit de dix années de labeur.

Cette anecdote montre l’importance de se confronter à un marché. Il est beaucoup plus difficile de réaliser que nous ne trouvons pas d’audience après avoir travaillé sans relâche qu’en nous confrontant régulièrement aux critiques.

le chef d'oeuvre inconnu de balzac

Le résultat d’un travail continu

Si les exceptions et les génies existent, chaque œuvre de maître que nous pouvons contempler aujourd’hui n’est que le fruit d’un travail immense. Des gestes, des postures, des accords retravaillés mille fois. Des couleurs agencées différemment pour trouver la teinte adéquate. Un entrepreneur travaille son produit et son pitch jusqu’à trouver le ton juste, tel un comédien s’apprêtant à monter sur scène.
Un succès, bien qu’il paraisse obtenu sans effort visible, est le résultat d’années d’expérimentations, d’échecs et de répétitions.

La légende raconte qu’une femme ayant demandé à Picasso de faire son dessin se serait offusqué du prix demandé : « Comment pouvez-vous exiger autant, alors qu’il ne vous a fallu qu’une seule seconde pour faire ce dessin ?!”. Le grand peintre aurait alors rétorqué : “Non madame, cela m’a pris ma vie entière.”

Par conséquent, osez proposer des coûts élevés si vous pensez qu’ils sont justes et représentatifs d’un travail de longue haleine. Car notre entrepriseou création devient centrale dans nos vies : elle occupe nos pensées, nous y déversons toute notre ardeur, elle représente qui nous sommes, nos goûts, nos croyances, ce qui rend chaque avis défavorable extrêmement difficile à vivre.

Mais comme un comédien qui repassera des castings, un plasticien dévoilant son œuvre à de nouvelles galeries, nous devons chaque fois nous détacher émotionnellement de la critique, ne plus recevoir les remarques comme des blessures pour notre ego -tant que celles-ci s’avèrent constructives.

Nous : sommes nous des artistes ou des entrepreneurs ?

Je pense fermement que ces deux faces coexistent en chacun et que travailler notre créativité est essentiel pour accomplir des tâches que beaucoup jugeraient impossibles.

Comme le montrait Schumpeter : l’entrepreneur est le moteur de l’évolution économique. Son action disruptive contribue à faire évoluer la société tout comme peut le faire l’art en modifiant les mentalités et doit être à ce titre encouragée.

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PS : Vous souhaitez découvrir et soutenir des artistes (et des entrepreneurs) ? Inscrivez-vous sur WeArts !
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Note : * Un régisseur (cinéma, spectacles) met en place les moyens techniques et humains nécessaires à la réalisation d’un projet artistique.

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