La vérité sur le télétravail

La vérité sur le télétravail

Post-salariat, travail à distance, télétravail : le monde du travail hérité du début du XXème siècle est bouleversé par de nouvelles pratiques, flexibles et sans limites. Dans un monde du travail décentralisé où l’autonomie est plébiscitée par de plus en plus de salariés, le télétravail est perçu comme le Graal permettant de trouver un juste équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais est-ce vraiment le cas ?

Télétravail

Télétravail et perte de communication

Un télétravailleur doit savoir qu’il sera seul aux commandes de ses journées. Il est donc primordial qu’il se sente à l’aise avec cette idée et non qu’elle soit subie. Avec l’accès au télétravail, c’est tout un schéma de pensée classique qui se retrouve bouleversé pour les membres de l’entreprise (autant pour les salariés que pour les managers, héritiers d’une hiérarchie pyramidale). Car bien que largement souhaité, c’est le cadre structurel de l’entreprise qui doit progresser pour que le télétravail soit avant tout une opportunité pour tous de grandir.

Au delà de l’organisation personnelle qui doit être suffisamment efficace, le télétravail va de pair avec un meilleur système de communication entre les membres d’une même équipe. Les informations qui passaient d’ordinaire lorsque les salariés se croisaient ne se feront plus. Les moments de convivialité qui permettaient de s’aérer plusieurs fois dans la journée, n’existeront plus alors qu’ils sont un moment crucial dans la transmission de données informelles mais structurantes. La déperdition d’informations est une réalité et un solide système de communication doit être mis en place pour conserver le flux d’informations. Ne plus avoir ses collègues sous les yeux et c’est tout un monde de connexions logiques qui peut se perdre. Car le travail centralisé au même endroit a cela de bénéfique que chacun des salariés se retrouve concentré autour d’un but commun, au même endroit et de manière régulière.

Il n’y aura pas de recette unique et applicable à tous pour la mise en place d’un système de communication efficace.
La première étape sera déjà de l’admettre pour ensuite réunir les parties prenantes pour évoquer ensemble les solutions à mettre en place. Est-ce qu’il s’agira de mettre en place des “stand-up” quotidiens comme le font les startups ? Il s’agit de réunions très courtes, qui peuvent se faire à distance via un système de visio-conférence, où chacun donne ses objectifs quotidiens. Si des interrogations apparaissent au cours de ces réunions, les différents protagonistes se retrouvent en dehors des stand-ups afin d’échanger plus concrètement. Le but est avant tout de garder un moment d’échange d’informations utiles à tous.
Une autre étape serait-elle de se retrouver tous ensemble une fois par semaine pour partager une journée de travail en équipe ?

Serait-ce permettre aux employés de se retrouver les uns chez les autres avec le cohoming ? En utilisant en priorité le critère géographique afin de faciliter la création de petits groupes là où les employés habitent ? Le cohoming est une solution innovante qui bouscule les codes habituels du télétravail en offrant la possibilité d’aller travailler au domicile d’autres personnes, ou d’accueillir chez soi des professionnels de tous horizons.

BFM

Quelles solutions pour lutter contre les problèmes liés au télétravail ?

Le télétravail n’a certes pas que des avantages. Il est primordial de les prendre en compte pour éviter de nombreuses pathologies professionnelles, telles que l’épuisement ou l’ennui qui touchent tous les salariés. Dans notre société du culte de la performance, il peut être difficile d’admettre de telles souffrances psychologiques. Les mesures à prendre qui assurent un bien-être social en situation de télétravail doivent être tout autant importantes que celles appliquées aux salariés qui ne bénéficient pas du télétravail.

Comment gérer l’équilibre social d’un télétravailleur ? La question dépasse le simple cadre géographique. Un salarié dans un open-space peut tout autant se sentir isolé qu’un télétravailleur salarié seul dans son bureau à domicile. Le bien-être dépend certes des individus, mais lorsqu’il est question de télétravail, il faut garder en mémoire que l’humain réalise son potentiel en compagnie de ses pairs. L’humain, qu’il soit télétravailleur ou dans un bureau d’une entreprise physique, a besoin de socialiser pour progresser ou tout simplement avancer au quotidien.

Les “autres”, les “collègues” sont moteurs. Ils donnent des repères physiques et temporels, insufflent un sentiment d’appartenance, permettent de résoudre les conflits, d’évacuer la pression et surtout de partager. Partager du temps, des sentiments, de l’espace, des repas, des cafés. Il ne s’agit pas uniquement de partager “du travail” mais aussi des “moments de vie”.

Comme chaque extrême, être seul chez soi trop longtemps apporte un manque de dynamisme et une perte de repères. Vous ne retournez plus chez vous, votre sanctuaire, après une bonne journée de travail. Vous travaillez et vivez dans votre sanctuaire. Ce changement est fondamental : tout vous rappelle votre travail, car votre travail est dans votre lieu de vie. Dernièrement, le “droit à la déconnexion” apporte une nouvelle pierre à cette barrière brouillée entre vie privée et vie professionnelle. Ce droit à la déconnexion est inscrit dans l’article 55 de la loi Travail : il stipule que les entreprises de plus de 50 salariés doivent ouvrir des négociations, à partir du 1er janvier 2017, pour mettre en place des dispositifs de régulation des outils numériques afin de respecter les temps de repos et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Alors oui, le droit à la déconnexion a cela d’intéressant qu’il met le doigt sur un problème de société lié à l’usage des outils du numérique. Et pourtant, n’est-ce pas là le signe plus profond qu’il faut continuellement montrer que l’on “est présent” ? Car ce n’est pas parce que les serveurs emails seront coupés qu’une personne va arrêter de travailler. C’est comme mettre une rustine à côté de la fuite.

Pour que l’enfer des autres ne devienne pas l’enfer de la solitude professionnelle, des solutions doivent être trouvées au cas par cas en fonction des entreprises. Le travailleur est un humain avant tout. Et l’entreprise, pour être résiliente dans son quotidien doit prendre en compte ce facteur. L’humain n’est pas un simple rouage d’une entreprise où “personne n’est irremplaçable”. Chaque personne est unique, et c’est son unicité qui donne de la valeur et du caractère. En proposant de la cohésion et un système de télétravail qui prend en compte les besoins de l’humain et les besoins business, le télétravail s’imbrique dans une vision vivante du travail. Une vision plus transverse où l’entreprise a confiance en l’implication de ses membres et où l’ouverture permet d’apporter créativité et développement.

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Cet article a été rédigé par Cohome et publié sur le site d’Economie Matin.

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